P54 MAGAZINE

Learn about and understand Modern and Contemporary Art from Africa and its diaspora

LES PAVILLONS AFRICAINS SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE À LA BIENNALE DE VENISE 2024

Le thème de cette année, Stranieri Ovunque – Étrangers Partout, offre une occasion unique d’explorer les récits d’intersectionnalité culturelle, de migration et de mondialisation, autant de sujets qui résonnent profondément avec l’expérience africaine. L’excellence des équipes curatoriales et la sélection des artistes jouent un rôle central dans l’amplification des voix et des perspectives africaines sur la scène mondiale.

Pour cette 60e édition, un nombre remarquable de nations africaines font leurs débuts ou reviennent pour présenter leurs talents artistiques au monde. Dans cet article, Pavillon 54 vous offre un aperçu exclusif de ce qui vous attend à la Biennale de Venise de cette année, avec un accent particulier sur les premières participations et les présences établies des pavillons africains.


Ce que nous aborderons dans cet article :
     
  1. Les pavillons africains faisant leurs débuts à la Biennale de Venise 2024
  2.  
  3. Pavillon du Nigeria : Nigeria Imaginary
  4.  
  5. Les réflexions résonnantes de l’Afrique du Sud : Quiet Ground
  6.  
  7. Wael Shawky représentera le pavillon égyptien
  8.  
  9. La quête visionnaire du Cameroun : Nemo Propheta in Patria
  10.  
  11. République Démocratique du Congo : LITHIUM
  12.  
  13. L’expression mélodique de la Côte d’Ivoire : Blue Note
  14.  
  15. Le voyage de réappropriation culturelle du Kenya : Roots of Return
  16.  
  17. L’harmonie collective de l’Ouganda : WE ARE ONE
  18.  
  19. Conclusion

La première apparition des pavillons du Bénin, de l’Éthiopie, de la Tanzanie et du Sénégal à la Biennale de Venise 2024

Plusieurs pays africains participent à la Biennale de Venise pour la toute première fois en 2024, notamment le Bénin, la Tanzanie, le Sénégal et l’Éthiopie. Leurs pavillons inauguraux offrent une fenêtre sur la richesse des expressions artistiques et des récits émergeant de ces nations.


L’exposition Everything Precious Is Fragile (Tout ce qui est précieux est fragile) marque la première participation historique du Bénin, sous le commissariat du célèbre critique d’art nigérian Azu Nwagbogu. Mettant en vedette des artistes tels que Chloé Quenum, Romuald Hazoumè, Moufouli Bello et Ishola Akpo, le pavillon béninois promet d’inspirer le public par son exploration des matériaux, de la culture et de l’identité.


Pavillon du Bénin à la Biennale de Venise 2024. Source de l’image : OnArt Media


La Tanzanie rejoint la scène artistique mondiale avec une présentation immersive des artistes de la Rangi Gallery : Happy Robert, Lute Mwakisopile, Haji Chilonga et Naby, plongeant dans la relation complexe entre l’humanité et la nature à travers le prisme de la figure du « trickster » (le fripon). Sous le commissariat d’Enrico Bittoto, ces artistes africains contemporains exploreront le concept de l’« Autre », en sondant la relation complexe entre l’homme et la nature à travers l’archétype du trickster – une figure chimérique qui agit comme médiateur entre les humains et le divin.


Freedom, Acrylique sur toile, Happy Robert. Image avec l’aimable autorisation de Rangi Gallery et de l’artiste


Sous le thème « Bokk – Limites » et sous le commissariat de Marième Ba et Massamba Mbaye, le Sénégal fait ses débuts à la Biennale avec les peintures et installations « figuro-abstraites » innovantes de l’artiste Alioune Diagne, explorant des sujets cruciaux tels que le rôle des femmes, la discrimination, les préoccupations environnementales et la transmission intergénérationnelle du patrimoine.


Alioune Diagne. Image avec l’aimable autorisation de l’artiste


Le tout premier pavillon de l’Éthiopie, « Prejudice and Belonging » (Préjugé et Appartenance), présente les œuvres fascinantes de Tesfaye Urgessa, peintre éthiopien basé en Allemagne, connu pour ses récits dépeignant la société africaine contemporaine et les questions d’identité, ainsi que pour son utilisation innovante de l’esthétique classique et occidentale.


Tesfaye Urgessa. Image avec l’aimable autorisation de l’artiste et du Pavillon Éthiopien


Le pavillon marocain, qui devait initialement faire ses débuts à la Biennale de cette année avec son premier pavillon national, a été au cœur d’une controverse. En janvier, les trois artistes et le commissaire initialement mandatés ont été brusquement remplacés par les autorités marocaines, conduisant le pays à renoncer entièrement à avoir un pavillon national.


Les Voix Établies

Aux côtés de ces nouveaux venus, plusieurs nations africaines ayant une histoire de participation reviennent à la Biennale de Venise, enrichissant davantage le discours mondial sur l’art contemporain.


Le Nigeria fait un retour puissant à la Biennale de Venise

Pour sa deuxième participation à la Biennale de Venise, le Nigeria présente une exposition ambitieuse et multiforme intitulée « Nigeria Imaginary ». Sous le commissariat d’Aindrea Emelife du Museum of West African Art (MOWAA), le pavillon rassemble un groupe intergénérationnel de huit artistes nigérians acclamés, issus du pays et de la diaspora : Tunji Adeniyi-Jones, Ndidi Dike, Onyeka Igwe, Toyin Ojih Odutola, Abraham Oghobase, Precious Okoyomon, Yinka Shonibare CBE RA et Fatimah Tuggar.

À travers une gamme de médiums et de perspectives, leurs nouvelles œuvres in situ, commandées pour l’occasion, explorent les complexités et les rêves de l’expérience nigériane.

Yinka Shonibare CBE RA, Monument To The Restitution Of The Mind And Soul, 2023. Image avec l’aimable autorisation de l’artiste et du MOWAA


Selon Emelife, Nigeria Imaginary évoque l’esprit du pionnier Mbari Club, un centre d’activités culturelles interdisciplinaires post-indépendance, animé par la conviction que l’art était un « devoir envers la nation ». Le pavillon réimagine cet ethos à travers le prisme d’une nouvelle génération d’artistes explorant les imaginaires passés, présents et futurs du Nigeria.


Les réflexions résonnantes de l’Afrique du Sud : Quiet Ground

Pour sa 7e participation, l’Afrique du Sud présente « Quiet Ground », sous le commissariat de Portia Malatjie pour l’Institute of Creative Repair. L’exposition présentera l’installation sonore Dinokana (2024) du collectif MADEYOULOOK (Molemo Moiloa et Nare Mokgotho), commandée spécifiquement pour la Biennale. Cette œuvre met en lumière des histoires de migration forcée et de dépossession de terres en Afrique du Sud, s’inscrivant dans le thème « Étrangers Partout » (Stranieri Ovunque) de l’exposition globale. L’installation explore comment les personnes dépossédées se reconnectent à la terre par la relocalisation et la réhabilitation, ancrées dans les savoirs autochtones.


Installation Dinokana. Image avec l’aimable autorisation du collectif MADEYOULOOK


Les royaumes narratifs de Wael Shawky représentant le pavillon égyptien

Le pavillon égyptien promet d’être remarquable, avec le célèbre artiste Wael Shawky représentant le pays. Présentée par Lisson Gallery, Barakat Contemporary, Galleria Lia Rumma et Sfeir-Semler Gallery, la pratique multimédia de Shawky, fondée sur la recherche, englobe le film, la performance, la peinture et la sculpture. Son travail explore les notions d’identité nationale, religieuse et artistique, racontant des histoires qui entremêlent faits, fiction et fable, inspirées de références historiographiques et littéraires.


Wael Shawky. Source de l’image : Lisson Gallery


La quête visionnaire du Cameroun : Nemo Propheta in Patria

Le Cameroun participe sous le titre « Nemo Propheta in Patria », présentant des artistes tels que Jean Michel Dissake, Hako Hankson, et Kendji & Ollo Arts au Palazzo Donà delle Rose, sous le commissariat de Serge Achille Ndouma, Paul Emmanuel Loga Mahop et Sandro Orlandi Stagl.

Hako Hankson, Day of celebration (2023). Source de l’image : Primo Marella Gallery


La maxime latine « Nemo propheta in patria » (Nul n’est prophète en son pays) met en lumière le sort omniprésent de ceux dont le génie trouve une plus grande appréciation à l’étranger que chez eux, au sein de leurs propres communautés.

Il est important de mentionner que le Pavillon de la République du Cameroun ouvre la voie en étant le premier à concevoir une exposition « Nette Zéro Carbone » à la Biennale de Venise, entremêlant deux stratégies audacieuses : la mise en œuvre de politiques de réduction des émissions et l’adoption du recyclage des matériaux tout au long de l’exposition.


L’exploration de la République Démocratique du Congo : LITHIUM

Alors que le collectif congolais ‘Cercle d’Art des Travailleurs de Plantation Congolaise (CATPC)’ représente les Pays-Bas, le Pavillon de la République Démocratique du Congo (RDC) est prêt à dévoiler sa propre exposition sous le thème « LITHIUM ». Sous le commissariat de Joseph Ibongo Gilungula, Michele Gervasuti et James Putnam, le pavillon présente les pratiques artistiques d’Aimé Mpane, Eddy Kamuanga Ilunga, Eddy Ekete, Jean Katambayi Mukendi, Cédric Sungo, Steve Bandoma, Eléonore Hellio et Michel Ekeba du collectif Kongo Astronauts à la Fondation Gervasuti (Palazzo Canova, Cannaregio).


Portraits des artistes. Image avec l’aimable autorisation des artistes et artmedia


L’expression mélodique de la Côte d’Ivoire : Blue Note

Le pavillon de la Côte d’Ivoire, intitulé « Blue Note » et dirigé par Illa Ginette Donwahi et Simon Njami au Centro Culturale Don Orione Artigianelli – Dorsoduro 947, présente les efforts artistiques de Jems Koko Bi, François Xavier Gbré, Sadikou Oukpedjo, Franck Abd-Bakar Fanny et Marie Claire Messouma.


Le voyage de réappropriation culturelle du Kenya : Roots of Return

Le Kenya rejoint le sommet incontournable de l’art contemporain international avec son pavillon sur le thème « Roots of Return » (Les Racines du Retour), sous le commissariat de Milka Mugo et Edward Mwaura Ndekere. Le pavillon présente les artistes Elkana Ong’esa, Gerald Oroo Motondi, Robin Okeyo Mbera, John Tabule Abuya Ogao, Peter Kenyanya Oendo et Charles Duke Kombo.


L’harmonie collective de l’Ouganda : WE ARE ONE

Le Pavillon de l’Ouganda invite les visiteurs à s’immerger dans une exposition collective, sous le commissariat d’Acaye Kerunen, qui brise les barrières empêchant les artistes et artisans d’accéder au monde de l’art. Intitulée WAN ACEL | TULIBAMU | TURIBAMWE | WE ARE ONE (NOUS SOMMES UN), l’exposition présente les œuvres de cinq artistes individuels et d’un collectif de vingt-six tisserands.


Le collectif d’artisans tisserands, Source de l’image : Blum Gallery

À travers un éventail de médiums tels que le tissu d’écorce, le bambou noir, les perles de papier, les fibres naturelles, les installations vidéo et le son, le pavillon offre une expérience riche et diversifiée. Célébrant l’interconnexion de la sculpture, de l’architecture, de la matérialité et de l’artisanat, il présente un récit nuancé qui dévoile l’essence du lieu dans son contexte temporel.


Conclusion

Des débuts des pavillons du Bénin, de l’Éthiopie, de la Tanzanie et du Sénégal au retour de voix établies comme le Nigeria et l’Afrique du Sud, la présence africaine à la Biennale est à la fois diverse et dynamique. Chaque pavillon offre un prisme unique à travers lequel faire l’expérience des complexités de l’identité, du patrimoine et de l’innovation africains.

Les pavillons africains à la Biennale de Venise ne célèbrent pas seulement le patrimoine artistique du continent, mais ouvrent également la voie à un dialogue et à des échanges significatifs à l’échelle mondiale. Grâce au pouvoir transformateur de l’art, les pavillons africains à la Biennale de Venise illustrent la capacité à transcender les frontières et à favoriser les connexions, offrant une célébration collective de la créativité et de la diversité.

Par Letizia Spadea

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