7 artistes sud-africains établis que vous devez connaître

Juin 20, 2021
© Les Johannesburg Station Panels à la Rupert Art Foundation by JH Pierneef
© Les Johannesburg Station Panels à la Rupert Art Foundation by JH Pierneef

S'orienter dans l'Histoire de l'art d'un continent aussi complexe, multiforme et multiculturel que l'Afrique, surtout si l'on vient de s'y passionner, peut s’avérer être un vrai labyrinthe. Mais pas de soucis, nous sommes là pour vous aider. Gardez un œil sur notre série des « artistes à connaître ou à suivre » dans chaque pays, et bientôt vous aurez l’air d’un expert !

 

L'Afrique du Sud a toujours été l'un des marchés de l'art les mieux établis du continent. Aujourd'hui, le pays ne cesse de s'enrichir d'artistes émergents et possède une scène animée de galeries, d'espaces d'exposition, de foires d'art et de maisons de vente aux enchères. Mais qu'en est-il de ses racines artistiques ? De l'art colonial, où les artistes blancs sud-africains dépeignaient ce qui était considéré comme le "Nouveau Monde", en passant par le 20ème siècle et l'impact des formes africaines, jusqu'à l'émergence des artistes noirs, l'Histoire de l'art sud-africain est certainement complexe et à multiples facettes, comme le pays lui-même.

 

 

  1. Irma Stern

 

Irma Stern (1894 - 1966) est née dans le Transvaal de parents juifs allemands et elle est largement considérée comme l'une des premières peintres à avoir introduit l'expressionnisme en Afrique du Sud. Elle est essentiellement connue pour ses peintures, mais a également travaillé comme sculpteuse et céramiste. En raison de son double héritage, son art est à la fois ancré dans la tradition juive européenne et enrichi par ses expériences en Afrique du Sud. Elle a passé la majeure partie de sa jeunesse à voyager d'un endroit à l'autre et plusieurs de ses œuvres ont été inspirées par ces voyages. Stern a développé un style moderne et expressionniste en peignant des portraits aux couleurs saturées, dont les sujets sont souvent des Africains noirs. Ces œuvres remettent en question l'idée conventionnelle de la beauté de l'époque et, au début, son style est majoritairement incompris par le public conservateur et prude du Cap – elle fut la cible d’une critique intitulée « L'art de Mademoiselle Irma Stern, la laideur comme culte ». Elle a ensuite progressivement été acceptée et finalement acclamée.

 

Irma Stern dans son studio à  « The Firs », Le Cap, en 1936. Bibliothèque Nationale d’Afrique du Sud

 

L'artiste a une collection et un trust à son nom : la Irma Stern Trust Collection, installée dans le bâtiment "The Firs", Chapel Road, Rosebank, Le Cap, où elle a vécu et travaillé de 1928 à sa mort. La collection permanente du trust contient les œuvres d'Irma Stern, auxquelles s'ajoute la collection personnelle d'objets qu'elle a rassemblé au cours de ses voyages en Afrique et en Europe. Aujourd'hui, ses œuvres se trouvent dans de nombreuses galeries et collections publiques en Afrique du Sud et à l'étranger. Ces dernières années, les œuvres de Stern ont établi à plusieurs reprises des records pour les artistes sud-africains aux enchères : en effet, l'un des prix les plus élevés jamais atteints pour une peinture sud-africaine est « Arab Priest » (1945) de Stern, à 52 303 600 rand (environ 3,8 millions de dollars) chez Bonhams Londres en 2018. 

 

Irma Stern, “Arab in Black” (1939).  Photographie: avec l’aimable autorisation de Bonhams

 

  1. William Kentridge 

 

William Kentridge (né en 1955) est l'un des artistes sud-africains les plus renommés, et il est essentiellement connu pour ses gravures, dessins et films d'animation. Il a fréquenté l'Université de Witwatersrand, Johannesburg (1973-76), la Johannesburg Art Foundation (1976-78), et a étudié le mime et le théâtre à l'École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq, Paris (1981-82). Influencé par l'histoire de l'Afrique du Sud, dont il a été un témoin direct, l'art de Kentridge reflète les années qui ont précédé et suivi l'apartheid : à travers son œuvre, il raconte les événements politiques par le biais de puissantes allégories.

 

William Kentridge - That which we do not remember | 2018 | Art Gallery of New South Wales

William Kentridge, « The hope in the charcoal cloud », 2014 (détail) Collection de Naomi Milgrom AO © William Kentridge




Il utilise souvent des matériaux simples et peu coûteux tels que le fusain, les pastels et le papier, dessinant des figures humaines et des paysages de manière expressionniste. Représentant la violence et le traumatisme dans ses pièces, il tente également de dépeindre les processus de commémoration et d'oubli. Dans sa conversation de 2018 avec Ocula Magazine, l'artiste a déclaré que, pour lui, une relation étroite existe entre le corps humain et le paysage, « à la fois dans le sens du travail qui est fait sur le paysage, de sa défiguration et de sa construction - un peu comme les changements qui peuvent être affectés sur une personne. » En 2019, le Zeitz MOCAA a accueilli sa grande rétrospective, « Why Should I Hesitate : Putting Drawings to Work », conservée par Azu Nwagbogu.

 

William Kentridge. © Marc Shoul, courtesy Salzburg.

William Kentridge. © Marc Shoul, avec l’aimable autorisation de Salzburg.



  1. Nelson Makamo

 

Nelson Makamo (né en 1982) a étudié à Artist Proof Studios à Johannesburg et a reçu le prix Vanguard de l'Association des étudiants africains de Harvard, en 2019. Makamo travaille principalement avec du fusain, de l'acrylique, des aquarelles, des monotypes, de la sérigraphie et des peintures à l'huile. Ses œuvres représentent souvent de saisissants portraits en gros plan d'enfants de son lieu de naissance, le Limpopo, la province la plus au Nord de l'Afrique du Sud : il estime qu' « ils incarnent la paix et l'harmonie que nous recherchons tous dans la vie, la recherche de la joie éternelle réside dans l'enfant qui sommeille en chacun de nous, nous sommes juste tellement accaparés par les choses du monde que nous oublions la simplicité de la vie à travers la perspective d'un enfant. »

 

Nelson Makamo, “We are Angels with Dirty Faces,” © Andile Buka

 

En 2019, la couverture de TIME magazine présentait, pour son « numéro des optimistes », l'une des œuvres d'art de Makamo. Le thème de l'optimisme est un principe central de l'œuvre de Makamo - ses jeunes modèles, selon lui, commencent tout juste à voir la beauté du monde. Il a commenté ce choix en ces termes : « Plus tard dans la vie, nous oublions parfois qu'il y a de la beauté dans le fait d'être un être humain, mais les enfants ne font que le découvrir. »

La même année, il a été interviewé par Trevor Noah pour le Daily Show et Oprah Winfrey a acquis une de ses œuvres pour sa demeure. En 2020, ses œuvres ont été exposées lors de l'exposition « SAY IT LOUD (I'm Black and I'm Proud) » à Christie’s, une exposition de vente en ligne célébrant 22 jeunes artistes, émergents et en milieu de carrière, de toute l'Afrique et la diaspora, organisée par Destinee Ross-Sutton.




Nelson Makamo travaille dans son studio à Johannesburg. Matsela Moshokoa pour TIME



  1. Gerard Sekoto

 

Gerard Sekoto (1913-1993), artiste et musicien, est largement considéré comme l'un des pères de l'art moderne sud-africain et comme un pionnier de l'art noir urbain et du réalisme social. Sekoto est né à la Lutheran Mission Station à Botshabelo et grâce à son père, un missionnaire, a été initié à la musique dès son plus jeune âge. Il a suivi une formation d'instituteur à l'Institut de formation de Botshabelo en 1928. Plus tard, en 1938, il a décidé de se lancer dans une carrière artistique professionnelle en tant qu'artiste autodidacte. Sekoto s'installe ensuite à Sophiatown, Johannesburg, en 1939, où il commence à peindre des tableaux urbains de la vie quotidienne de la ville en utilisant des couleurs vives et un style expressionniste.





Gerard Sekoto photographié alors qu’il peint un des ses portraits. Image: Récupérée de Revisions.

 

Dans les œuvres de Sekoto, les couleurs sont souvent des tons pastel, juxtaposés à des couleurs primaires vives qui mettent en valeur les pastels clairs. Les mouvements de pinceau et la façon dont la peinture est appliquée peuvent être comparés au style des peintres post-impressionnistes avec de lâches coups de pinceau.

En 1940, la Johannesburg Art Gallery s’est procurée l'un de ses tableaux : « Yellow Houses, Sophiatown » (1940) ; il s'agit de la première peinture d'un artiste sud-africain noir à être acquise par une institution artistique sud-africaine. En 1947, il a quitté l'Afrique du Sud pour s'installer à Paris, où il est resté jusqu'à sa mort en 1993. Ses œuvres figurent dans d'importantes collections publiques, dont le Smithsonian's National Museum of African Art à Washington D.C. et l'Iziko South African National Gallery au Cap.

 

© Gerard Sekoto « Yellow Houses, Sophiatown » (1940) - Johannesburg Art Gallery




  1. Marlene Dumas

 

Marlene Dumas est née en 1953 au Cap, en Afrique du Sud. Elle a obtenu une licence en arts visuels à l'université du Cap, puis a déménagé et terminé ses études à Haarlem, aux Pays-Bas. Depuis 1976, elle vit et travaille à Amsterdam et est l'une des artistes les plus acclamées du Pays-Bas : en 1995, elle a représenté le pays lors de la 46ème Biennale de Venise. L'une des principales sources d'inspiration de ses peintures, collages, dessins, gravures et installations, sont ses souvenirs personnels ; les sujets de ses œuvres vont des nouveau-nés aux mannequins, en passant par les strip-teaseuses et les personnages de la culture populaire. Même si ses œuvres peuvent être classées comme des portraits, ce n'est pas tout à fait vrai : en réalité, les personnes représentées, plutôt que des personnes réelles, représentent des émotions ou états d'esprit.

 

 

© Marlene Dumas. « Het Kwaad is Banaal » (« Le Mal est Banal »). 1984

 

Dumas a atteint une réputation mondiale sur le marché des enchères : en février 2005, chez Christie's à Londres, son œuvre « The Teacher (sub a) » (1978) s'est vendue pour 1,8 millions de livres sterling (environ 2,5 millions de dollars). Cette vente a fait de Dumas, à l'époque, l'artiste féminine vivante la plus chère du monde. Elle a ensuite battu son propre record avec la vente de « The Visitor » (1995), vendu aux enchères pour 3 177 250 livres sterling chez Sotheby's, Londres, en 2008, puis de « Magdalena (Underwear And Bedtime Stories) » (1995) pour 3 615 000 USD, vendu chez Sotheby's, New York, en 2017.

 

Marlene Dumas devant un mur de ses œuvres en cours, dans son studio d'Amsterdam. Crédit Jackie Nickerson

 

  1. Jacobus Hendrik Pierneef

 

Jacobus Hendrik Pierneef (1886-1957) est certainement l'un des peintres paysagistes sud-africains les plus emblématiques. Son style moderniste et géométrique a révolutionné l'art du pays. Né à Pretoria de parents néerlandais, Pierneef retourne avec sa famille aux Pays-Bas en 1901 en raison du déclenchement de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud. En Europe, le jeune Pierneef a eu la chance d'admirer les œuvres des maîtres anciens, ce qui lui a donné de l'inspiration et a marqué durablement sa sensibilité créative. De retour à Pretoria à l'âge de 18 ans, Pierneef a présenté ses œuvres dans une exposition collective pour la première fois. L'exposition, qui comprenait des œuvres d'Anton van Wouw et d'Hugo Naude, a été visitée par diverses personnalités connues.

 

 An Extensive View of Farmlands, 1926

© Jacobus Hendrik Pierneef « An Extensive View of Farmlands » (1926)

L'artiste a développé un langage visuel basé sur le caractère de la terre et la qualité de la lumière que l'on trouve en Afrique, réduisant et simplifiant les paysages à des structures géométriques, avec des plans plats, des lignes et des couleurs représentant l'harmonie et l'ordre de la nature. Les œuvres de Pierneef sont visibles dans le monde entier, dans de nombreuses collections privées, d'entreprise et publiques, dont l'Africana Museum, la Durban Art Gallery, la Johannesburg Art Gallery, le Nelson Mandela Metropolitan Art Museum, le Pierneef Museum et la Pretoria Art Gallery.






  1. Esther Mahlangu

 

Esther Mahlangu (née en 1935) est une artiste sud-africaine connue pour ses peintures iconiques et audacieuses à grande échelle faisant référence à son héritage Ndebele. Mahlangu est née dans une ferme près de Middleburg, dans ce qui est maintenant la province de Mpumalanga. À l'âge de 10 ans, elle a appris la peinture murale et le perlage traditionnels ndebele : chez les Ndebele, le patrimoine artistique se transmet de mère en fille ; lorsqu'une jeune femme atteint la puberté, elle se retire de la société masculine pendant trois mois et apprend les motifs cérémoniels. Même si elle a remplacé les pigments naturels par des pigments en vinyle, Mahlangu continue d'utiliser des plumes de poulet pour appliquer la peinture en motifs géométriques aux couleurs vives, soulignés d'un noir intense. 

Elle dessine principalement à main levée, sans mesure ni croquis préalables, et même si les œuvres de Mahlangu peuvent sembler uniquement abstraites, ses compositions sont en fait construites sur un système très inventif de signes et de symboles.

 

Esther Mahlangu a peint deux œuvres murales qui serviront de porte d'entrée à la galerie d'art africain du Virginia Museum of Fine Arts. David Stover /Virginia Museum of Fine Arts

 

En 1986, des chercheurs parisiens qui parcouraient le monde pour documenter les arts traditionnels ont vu les peintures de la maison de Mahlangu et l'ont invitée à créer des fresques murales pour l’exposition d'art contemporain international, « les Magiciens de la Terre ». Elle a passé deux mois en France à peindre une maison devant des milliers de spectateurs et à décorer un mur à l'intérieur du Musée des Beaux-Arts d'Angoulême. 

En 1991, pour marquer la fin de l'apartheid, BMW a invité Esther Mahlangu à réaliser une œuvre d'art pour son projet Art Car.

 

 Dr Esther Mahlangu, "Ndebele Abstract", 2019. Acrylique sur 4 toiles tendues, 360 x 240 cm. Avec l'aimable autorisation de la Melrose Gallery.

 

Esther Mahlangu’s 1991 BMW Art Car. Photo courtesy of BMW.

La « Art Car » BMW d’Esther Mahlangu, 1991. Avec l’aimable autorisation de BMW.




Bien qu’elle ait maintenant 85 ans, l'artiste est plus que jamais active sur la scène contemporaine et a participé à de nombreuses collaborations et projets ces dernières années. En 2018, l'artiste s'est vu décerner un doctorat honorifique (Philosophiae Doctor honoris causa) par l'université de Johannesburg. En 2020, dans le cadre d'une collaboration qui célèbre le patrimoine de l'Afrique du Sud, Carol Bouwer Bags et Esther Mahlangu se sont associés pour dévoiler 50 sacs à main Carol Bouwer personnalisés. En 2020, elle est devenue la première Sud-Africaine à être chargée de peindre une œuvre d'art pour une Rolls-Royce Phantom.

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